Beyrouth se met aux couleurs de la Gay Pride

Outlet: L'Orient-Le Jour / Editor: Sarah Humbert / Language: French / Date of publication: 15 May 2018 / Estimated reading time: 5 minutes 26 seconds.


Plusieurs centaines de personnes avaient fait le dĂ©placement Ă  Station Beirut vendredi soir pour la soirĂ©e de lancement de la Beirut Pride 2018, un rendez-vous dĂ©sormais annuel, Ă©talĂ© sur neuf jours. L’évĂ©nement, qui sera clĂŽturĂ© dimanche, propose de nombreuses animations, discussions et soirĂ©es pour parler des LGBT (le mouvement LGBT englobe les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres).

 Â« C’est la premiĂšre fois que nous assistons Ă  la Beirut Pride. Nous soutenons les droits des LGBT, mais nous sommes Ă©galement lĂ  pour la musique », lancent Mickael et Nadine, venus en couple. Pour lancer les neuf jours de la Beirut Pride, Hadi Damien, l’organisateur, a choisi des artistes connus et reconnus. C’est Khansa, chanteur, danseur et performeur qui a tout d’abord chauffĂ© la salle par une performance Ă©poustouflante. Un turban posĂ© sur les yeux, vĂȘtu d’un vĂȘtement ample, ajustĂ© Ă  la taille et reprenant les codes fĂ©minins, l’artiste, vĂ©ritable bĂȘte de scĂšne, a occupĂ© tout l’espace avec ses tableaux corporels. Tel un acrobate de cirque prĂ©sentant un numĂ©ro de danse aĂ©rienne avec les tissus, il s’est hissĂ© tantĂŽt Ă  une corde, tantĂŽt Ă  une chaĂźne, multipliant les montĂ©es, les suspensions et les enroulĂ©s. Tel un mannequin, il a changĂ© de tenue au fil de ses chansons. DrapĂ© de noir par un systĂšme d’attaches Ă  un moment, son vĂȘtement a soudain suivi son mouvement pour dĂ©voiler un cĂŽtĂ© blanc. Il a rĂ©alisĂ© sa derniĂšre prestation torse nu, chaussĂ© de talons aiguilles vertigineux, et s’est suspendu Ă  des chaĂźnes en rĂ©alisant des acrobaties, au-dessus du public. Ses performances vocales et scĂ©niques ont laissĂ© le public admiratif.

La seconde tĂȘte d’affiche Ă©tait Alsarah & the Nubatones. Le groupe soudanais Ă©tait dĂ©jĂ  au Liban en 2016 pour soutenir les droits de la communautĂ© LGBT. « Le choix semblait Ă©vident. Le groupe avait dĂ©jĂ  une date de prĂ©vue Ă  Station, mais, surtout, la chanteuse et la choriste sont des femmes intenses, avec des choses Ă  dire », confie l’organisateur. En effet, durant son concert, Alsarah, la chanteuse qui Ă©tait accompagnĂ©e de trois musiciens et d’une choriste, s’est arrĂȘtĂ©e Ă  plusieurs reprises pour interpeller la foule sur des notions telles que la culture du viol. Son discours a reçu de nombreux Ă©chos positifs dans la salle. 

L’ensemble musical a enchaĂźnĂ© les titres, tantĂŽt rythmĂ©s, tantĂŽt doux. Il a suffi de quelques accords Ă  peine pour que le groupe fasse danser l’assemblĂ©e aux sons de ses chansons.

« Non, l’homosexualitĂ© ne dĂ©truit pas forcĂ©ment une famille »

La soirĂ©e d’ouverture de la Beirut Pride se voulait festive, mais le dossier des LGBT au Liban n’a pourtant rien de lĂ©ger. L’article 534 du code pĂ©nal sanctionne toujours les relations sexuelles dites « contraires aux lois de la nature ». La Beirut Pride, qui accorde une importance particuliĂšre Ă  la condition juridique des LGBT et qui organise pour cela samedi un atelier de travail sur les lois relatives aux homosexuels et aux transgenres, souhaite aussi changer le regard que les gens portent sur l’homosexualitĂ©. « Pour changer les choses, il faut travailler Ă  plusieurs niveaux », explique Hadi Damien. Dans cette optique prĂ©cise, pour venir Ă  bout des tabous et des idĂ©es fausses, un temps de parole de personnes LGBT, venues avec leurs parents, a justement Ă©tĂ© proposĂ©. « C’était une façon de cĂ©lĂ©brer les parents qui ont bien accueilli l’homosexualitĂ© de leurs enfants. Ça a Ă©galement une portĂ©e politique, puisque cette causerie devait surtout montrer que non, l’homosexualitĂ© ne dĂ©truit pas forcĂ©ment une famille », ajoute le jeune homme.

Autre temps fort de cette semaine riche en Ă©vĂ©nements, le lancement, hier, de « The corporate plegde », un dispositif qui vise Ă  prĂ©venir les discriminations subies par les LGBT dans le cadre de leur vie professionnelle. Le projet dĂ©butera en septembre 2018. La Beirut Pride prĂ©voit Ă©galement une soirĂ©e « micro ouvert », jeudi, au cours de laquelle des bisexuels, des homosexuels et des transgenres pourront venir raconter leur histoire. « Nous l’avions fait l’annĂ©e derniĂšre et plus de 400 personnes Ă©taient venues », rappelle Hadi. Un engouement qui traduit bien une volontĂ© de faire changer les choses.

Dimanche 20 mai, la Beirut Pride s’achĂšvera avec un dĂ©filĂ© dans les rues de Mar Mikhael. « PrĂ©parer ces neuf jours reprĂ©sente environ un an de travail. Le dernier jour, symboliquement, c’est la JournĂ©e mondiale de l’homophobie », dĂ©taille Hadi Damien. L’an passĂ©, un mĂȘme type de parade avait Ă©tĂ© prĂ©vu, avant d’ĂȘtre annulĂ© pour des raisons dites de sĂ©curitĂ©. Des menaces auraient Ă©tĂ© lancĂ©es Ă  l’encontre de la communautĂ© LGBT.


BEIRUT PRIDE REMARKS:

1. Le dernier jour (le 20 mai 2018) n'est pas la JournĂ©e mondiale de l’homophobie, cĂ©lĂ©brĂ©e le 17 mai. La Beirut Pride, dĂ©nonçant haine et discrimination, est articulĂ©e autour du 17 mai.

2. Il n'y a pas eu de parade annulée l'an passé, en 2017.