Il est difficile d’être homosexuel au Moyen-Orient

Outlet: La Provence (Édition Marseille) / Editor: Zeina Freiha Trad / Language: French / Date of publication: 17 June 2018 / Estimated reading time: 2 minutes, 20 seconds.


Le fossé est béant entre l’Europe pionnière, les États-Unis qui lui ont emboîté le pas et les pays du Moyen-Orient où l’homosexualité est punie de mort en 2018 ! Notamment en Arabie Saoudite et aux Émirats Arabes Unis.

Il faut savoir qu’en Israël, il existe des droits pour la communauté LGBT - Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres - en termes d’adoption, même si le mariage gay n’y est pas autorisé.

Qu’en est-il des pays arabes ? Le Liban est de loin le plus tolérant et Beyrouth, malgré un cadre légal flou en la matière, laisse une place grandissante à l’expression de sa communauté LGBT, devenant ainsi un véritable lieu de pèlerinage pour les communautés arabes alentour, fuyant les persécutions dans leur pays.

Au Liban, l’homosexualité reste un crime

Cependant, les résistances restent fortes au sein de la société libanaise et la loi considère toujours l’homosexualité comme un crime. L’article 534 du Code pénal prévoit une condamnation d’un mois à un an de prison ferme et une amende allant jusqu’à 600 euros en cas de “relations sexuelles contre-nature”. Mais un pas a été franchi, l’an dernier, lorsqu’un juge a déclaré que les relations homosexuelles ne contrevenaient pas aux lois de la nature. “C’est une avancée significative dont nous sommes fiers”, réagit Hadi Damien, l’initiateur de Beirut Pride, première Gay Pride du monde arabe, qui s’est déroulée sans trop d’encombres l’année dernière.

La deuxième Gay Pride annulée pour cause de pressions

Sa deuxième édition a du être annulée le 15 mai 2018 pour cause de pressions de la part des autorités libanaises. Son organisateur a passé une nuit en détention, avant d’être interrogé pa des enquêteurs qui lui ont demandé de signer une promesse l’engageant à annuler la Beirut Pride en échange de sa remise en liberté. Du pur chantage ! “Mais on ne m’a pas maltraité…”, poursuit Hadi Damien timidement ! Nous pouvons alors remercier et applaudir l’indulgence des autorités qui n’ont ni battu ni humilié Hadi. Peut-on alors lier ce sectarisme à la vision que veut imposer le Hezbollah au Liban ? Ce qui est sûr, c’est que le Moyen-Orient bouillonne de tensions armées que nourrissent des groupes religieux fondamentalistes violents. Il en fait du courage pour assumer sa différence !

Des associations se battent du Maroc à l’Irak

Aujourd’hui, enfin, des associations se battent, du Maroc à l’Irak, pour décriminaliser l’homosexualité, comme en avril 2018 où deux associations ont lancé une campagne appelant les LGBT du monde arabe à s’assumer et à revendiquer leurs droits.

Réclamer les droits de la communauté LGBT au Moyen-Orient ne veut pas dire revendiquer le mariage pour tous ou l’adoption d’un enfant par un couple homosexuel. Loin de là, cette communauté se bat simplement pour les droits les plus élémentaires, ceux de la liberté et de la dignité. Cinquante ans de retard à rattraper. Un long chemin reste à parcourir.


COMMENTAIRE DE LA BEIRUT PRIDE :

1. La Beirut Pride n'est pas annulée, ses initiatives et ses projets continuent. Ce sont les activités prévues jusqu'au 20 mai 2018 qui ont été suspendues sur ordre du Procureur Général de Beyrouth. La suspension est effective indépendamment de la captivité ou de la libération du coordinateur de Beirut Pride. L'engagement qui a été demandé à Hadi Damien de signer accuse réception de la décision du Procureur Général et ne présente pas d'autre portée. Pour plus d’information, se référer à la déclaration en anglais Statement about the Suspension of Beirut Pride Events – 14 May 2018.

2. Pour plus d'info sur le lobbying politique LGBT et les élections législatives du 6 mai 2018, se référer à l'article anglais de la Beirut Pride intitulé "Parliament Elections in 2018: The LGBT Electorate Challenges".